CYBÈLE


CYBÈLE
CYBÈLE

CYBÈLE

Grande Mère des dieux, Cybèle était adorée à Pessinonte en Phrygie et sur l’Ida comme déesse de la terre et maîtresse des fauves. Sa religion, où se manifestaient les éléments d’un fétichisme primitif (culte du pin, des pierres, des fauves), était caractérisée par des cérémonies orgiaques de nature mystique et par des rites sauvages (mutilation et émasculation de ses prêtres, les galles); elle possédait un dieu parèdre, Attis.

Cybèle, à la différence des autres divinités orientales généralement introduites à Rome par des étrangers, des esclaves, ou rapportées par des soldats revenant de lointaines expéditions militaires, pénétra dans la ville de façon tout à fait officielle, promue par l’aristocratie romaine: en \CYBÈLE 205, les Livres sibyllins , pour chasser du sol italien l’ennemi étranger, conseillèrent aux Romains de transporter de Pessinonte à Rome le bétyle représentant la Mère des dieux. L’atmosphère d’inquiétude qui régnait à Rome depuis le début de la deuxième guerre punique et qui s’était déjà traduite par des mesures religieuses spectaculaires, la pression d’une partie de la noblesse, ouverte aux influences grecques et orientales, l’entente politique de Rome avec Attale, roi de Pergame, expliquent la rapidité avec laquelle on mit à exécution les suggestions des décemvirs. Une délégation officielle se rendit à Pessinonte et rapporta le bétyle noir, qui fut solennellement accueilli à Ostie par le «citoyen le plus vertueux» de Rome, P. Scipion Nasica, et par les matrones (parmi elles, Claudia Quinta, dont, ultérieurement, la légende embellit le rôle: sa chasteté fut prouvée par une intervention miraculeuse de la déesse). Installée provisoirement dans le temple de la Victoire, la Grande Mère eut ensuite son temple sur le Palatin, dédié en \CYBÈLE 191; en outre, on décréta en son honneur un lectisterne et les jeux Mégalésiens, célébrés tous les ans, le 4 avril; des sodalités, composées exclusivement de membres de l’aristocratie, honoraient Cybèle par des banquets. Ce sont les seules manifestations officielles, dans la tradition nationale, du culte rendu à Cybèle. En effet, l’aspect exotique des cérémonies phrygiennes, le caractère bruyant et souvent sauvage des fêtes, le clergé composé d’eunuques aux accoutrements bariolés, prophètes et mendiants, rendaient Cybèle suspecte aux yeux des autorités romaines. Partagé entre le respect dû à cette déesse officiellement adoptée par la Ville et dont l’arrivée avait coïncidé avec la victoire sur Carthage et, d’autre part, le danger que présentaient pour la moralité romaine ces fêtes «scandaleuses», le Sénat prit des mesures destinées à isoler Cybèle dans son temple du Palatin: interdiction aux citoyens romains et aux esclaves de faire partie du clergé et de sacrifier à la déesse; rites et sacrifices confinés à l’intérieur du temple; quête publique autorisée uniquement à certains jours de l’année.

Ces mesures restrictives expliquent que le culte de la Grande Mère ait eu une existence obscure jusqu’à la période impériale. Celle-ci marque une nouvelle phase dans la religion de la Grande Mère: Auguste, hostile aux cultes orientaux qu’il bannit hors du pomerium , manifeste au contraire son attachement au culte de Cybèle dont il fait reconstruire le temple, détruit par un incendie, qu’il dédie en l’an 3; sa femme, Livie, est assimilée à la déesse; les poètes augustéens rattachent le culte aux origines troyennes de Rome. Des innovations importantes sont ensuite apportées par l’empereur Claude et les Antonins: le parèdre de la déesse, Attis, est doté d’un culte officiel et son prestige s’est progressivement accru aux dépens de celui de Cybèle. De nouveaux prêtres, les archigalles, sont choisis parmi les citoyens romains (ce ne sont pas des eunuques comme les galles). Un nouveau cycle de fêtes, à caractère nettement phrygien, du 15 au 27 mars, fait revivre la mort et la résurrection d’Attis, symbolisant la renaissance de la végétation: le premier jour, une procession de cannophores (porte-roseaux) et le sacrifice d’un taureau précèdent une semaine de continence et d’abstinence; le 22 mars, les dendrophores transportent un pin enveloppé de bandelettes et de violettes, représentant Attis mort; le 24, jour du sanguis , les funérailles du dieu sont célébrées à grand renfort de douleur bruyante et de mutilations; le 25, les hilaries fêtent la résurrection d’Attis; enfin, le 27, la Grande Mère est purifiée par un bain (lavatio ) dans l’Almo, vieux rite agraire qui a pour but d’attirer la pluie. Cette alternance de douleur violente et de joie exubérante, l’impression brillante produite par le cortège de Cybèle, la promesse de salut contenue dans la résurrection d’Attis attirèrent la dévotion des Romains, surtout des femmes, écartées du culte de Mithra. Le rituel du taurobole — purification et initiation par le sang d’un taureau égorgé, qu’on recueille d’abord dans un vase, puis, au IVe siècle, dont on asperge le fidèle en manière de baptême — fut introduit officiellement à Rome par Antonin.

Le culte de Cybèle eut une grande extension géographique: plusieurs sanctuaires à Rome, un important métrôon à Ostie, des temples dans toutes les provinces et dans les grands centres métroaques de Lyon et de Vienne. L’image de la déesse, couronnée de tours et assise sur un char tiré par des fauves, était présente dans tout l’Empire. Son culte, étroitement associé à celui de l’empereur, fut considéré comme une manifestation de loyalisme à l’égard de celui-ci (le taurobole étant généralement accompli pour le salut de l’empereur et de sa famille). Les dendrophores, chargés de porter le pin sacré lors des fêtes du printemps, furent à l’origine de corporations à la fois religieuses et professionnelles regroupant les charpentiers. Les autels tauroboliques manifestent la pérennité du culte de Cybèle et d’Attis jusqu’à la fin de l’Empire.

Cybèle
déesse de la Fécondité dont le culte est passé de Phrygie dans le monde gréco-romain au IIIe s. av. J.-C.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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